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Marc Simoncini, parcours d’un entrepreneur inspiré et inspirant

By 23 février 2022 No Comments

A moins d’avoir passé les 25 dernières années dans un temple tibétain, vous connaissez forcément Marc Simoncini. Mais lequel connaissez-vous ? Le pionner de l’internet, le business angel, le mythique fondateur de Meetic, l’homme qui a voulu révolutionner le marché de l’optique en France ou le juré de l’émission Qui veut être mon associé ? diffusée sur M6 ?

Aujourd’hui, à 58 ans l’un des entrepreneurs le plus célèbre de France semble avoir déjà vécu mille vies et autant de succès. Qu’en est-il vraiment et surtout quels enseignements à l’usage des entrepreneurs d’aujourd’hui et de demain peut-on tirer de son itinéraire de startuper.

Analyse et décryptage du parcours d’un serial entrepreneur.

Des succès emblématiques

Le premier succès d’entrepreneur de Marc Simoncini s’appelle iFrance. Créé en 1996, cette société sera l’un des pionniers de l’internet en France. Elle proposait l’hébergement gratuit de pages web personnelles, puis de blogs, et la fourniture d’adresses email. Le succès est fulgurant. Sans véritable modèle économique (classique à l’époque), iFrance est revendu à Vivendi en l’an 2000 (au cœur de ce qu’on appellera alors la bulle Internet) pour 45 millions d’euros et 1 000 000 d’actions Vivendi.

Fort de ce premier fait d’armes, Marc Simoncini se lance alors en 2002 dans l’aventure Meetic, la plateforme de rencontre en ligne. Après s’être imposé rapidement en France où il est le premier acteur de ce secteur à se positionner sur Internet, Meetic déploie ses ailes en Europe à partir de 2004. Grâce à de nombreux rachats de concurrents, il finira par s’imposer comme le leader européen.  Il deviendra le numéro 2 mondial des sites de rencontre derrière l’américain Match Group (propriétaire de Tinder notamment). Entré en bourse en 2005, Meetic est racheté en 2011 par Match. A cette occasion, l’entreprise est valorisée 344 millions d’euros.Logo Meetic

Après la session de Meetic, il va relever d’autres défis et s’engager dans de nouvelles aventures entrepreneuriales. Avec Sensee, en 2012, il s’attaque au marché de l’optique qu’il entend révolutionner en divisant les prix par 2. Suivront ensuite Heroïn Bikes (vélo de course qui décline tous les codes du luxe, vendu entre 7 000 et 15 000 euros) et Angell, vélo électrique innovant et haut de gamme avec lequel il compte bouleverser le marché.

Raconté comme cela, tout à l’air facile, presque magique. Mais derrière les apparences, l’histoire de chacune de ses startups est plus chaotique… Et le succès n’est pas toujours au rendez-vous. Retour sur un parcours semé d’embûches.

Quand la réussite est semée d’échecs

Des échecs, il y en a eu. Avant de rencontrer le succès avec iFrance, Marc Simoncini a connu l’échec avec CTB, sa première entreprise spécialisée dans la fourniture de services sur Minitel. Fragilisée par le défaut de paiement d’un de ses gros clients, l’entreprise est mise en liquidation judiciaire en 1985. Il saura rebondir en créant SSII Opsion Innovation en 1989. Une société de développement informatique qui peine à trouver sa vitesse de croisière mais avec lequel il développera la plateforme de iFrance.Logo Sensee

Lancé en 2012 avec une mise de départ de 7,5 millions d’euros, Sensee fermera définitivement ses portes 9 ans plus tard. De son positionnement initial de pure player de l’optique en ligne, l’entreprise opérera un virage stratégique en 2015. Elle a ouvert un réseau de magasins d’optique et installé des corners de vente dans quelques magasins de l’enseigne FNAC. Toujours à la recherche d’un modèle rentable, Sensee est racheté en 2020 par le groupe Acuitis. Celui-ci ne fera pas mieux que Marc Simoncini et annoncera moins d’un an après la fin de l’aventure avec la fermeture du site web et des boutiques.

La pente est rude et la trajectoire sinueuse

Au-delà des échecs, la trajectoire menant au succès n’a jamais été un long fleuve tranquille pour notre serial entrepreneur. Prenez Meetic.

Au début, le développement de la startup s’est fait sur un rythme mou de bon père de famille sans véritable vision du potentiel du service. Il a fallu une contrainte forte pour réveiller Marc Simoncini et le faire passer en mode guerrier. En effet, le financement de Meetic était gagé sur les actions Vivendi reçues lors de la vente de iFrance au géant français des médias. Quand le cours de l’action s’est effondré, Marc Simoncini s’est vu réclamé plusieurs millions par ses banques. Cela l’a obligé à trouver fissa comment générer plus de revenus avec Meetic. Pari réussi sous contrainte ou comment un bon coup de pression et de stress peut changer les choses pour le meilleur.

Logo AngellIdem pour Angell, sa start-up de vélos électriques, dont le développement ne s’est pas passé comme prévu pour de multiples raisons. Début 2020, pour faire de sa marque la référence de la mobilité électrique, Marc Simoncini cherche à lever 20 millions d’euros. Finalement, il ne réussira à réunir qu’un tour de table de 10 millions. Mais à cette occasion, l’industriel SEB (leader mondial du petit électro-ménager) rentre au capital. La suite montrera comment le mariage de la carpe et du lapin sera une bénédiction pour la startup. Après avoir été mis en vente en novembre 2019, Angell a enregistré 5 000 précommandes de son vélo. Un véritable succès, à la veille de la pandémie mondiale de Covid…

Face aux multiples problèmes d’approvisionnement des pièces détachées (plus de 520) nécessaires à la fabrication des vélos, Angell ne peut dans un premier temps produire que 2 000 vélos sur son stock de pièces. C’est alors que SEB devient le partenaire industriel de Angell en assurant dorénavant la production du vélo sur un de ses sites français. Grâce à la puissance de négociation de l’industriel, la startup arrive à stocker de quoi fabriquer 20 000 vélos. Pour parfaire le tableau, Angell est arrivée à lever 12 millions d’euros supplémentaires mi 2021 auprès d’investisseurs historiques de la marque dont un certain SEB.

Photo velo angellLe pari semble gagner. Pour l’instant. En effet, sur ce marché du haut de gamme aux faibles volumes, il est nécessaire de dégager de fortes marges. Or avec la hausse du prix des matières premières et des composants et une production localisée en France, Angell dégage tout juste assez de marge pour survivre. Ce qui devrait contraindre la société à augmenter ses prix, pour un vélo déjà vendu à 2 860 euros. Sur un marché français où il estime pouvoir vendre 10 000 vélos et des marges réduites, il est urgent de trouver des relais de croissance et de rentabilité. Cela passera par le développement de services (programme d’entraînement, appli santé, …). Et le lancement de la marque sur le marché européen et américain. L’aventure ne fait que commencer et le succès se forge patiemment jour après jour, en dépassant les contraintes et en esquivant les obstacles, autant que faire se peut.

Accompagner et financer les startups françaises

Entre deux startups, Marc Simoncini coiffe la casquette de business angel. A la tête de son propre fonds (Jaïna Capital) ou en tant que partner chez Daphni (société de Venture Capital), il investit depuis 2010 dans des startups françaises innovantes.

Il a ainsi accompagné de nombreuses startups qui ont depuis percées. Certaines devenant même des réussites emblématiques de la startup nation. Comme Devialet les enceintes haut de gamme fabriquées en France ou Winamax le site de poker en ligne. Citons encore Made.com, Zilok, Ouicar et Jane de Boy. Voila pour les têtes d’affiche. Comme il se doit, l’histoire n’a pas retenu le nom de dizaine de startups accompagnées qui n’ont pas transformées l’essai et qui ont disparues depuis.

Marc Simoncini n’est jamais à court d’idée pour concrétiser son engagement auprès de l’écosystème entrepreneurial français. En 2013, il organise un concours de pitch pour jeunes startupers (ouverts au moins de 25 ans) qui permettra de financer « 101 projets » à hauteur de 25 000 € chacun. A cette occasion, il rallie à sa cause Xavier Niel et Jacques-Antoine Granjon, fondateurs respectifs d’Iliad (Free) et de Vente-privée. Les trois entrepreneurs investiront 2,5 millions d’euros dans cette opération. C’était sa façon de répondre à Clara. Jeune entrepreneuse qui, dans une lettre ouverte au président François Hollande, s’était plainte des difficultés d’entreprendre en France.Photo qui veut être mon associéPlus récemment, c’est à travers l’émission de M6 Qui veut être mon associé ? que Marc Simoncini a poursuivi sa croisade pour le financement des entreprises innovantes. Business as usual, juste avec les caméras en plus. Sur les 8 entreprises qu’il s’était engagé à accompagner pendant la première saison de l’émission en 2020, 6 projets se sont finalement concrétisés.

Devenu l’un des business angels les plus actifs auprès des entreprises innovantes en France, Marc Simoncini joue aujourd’hui à ce titre un rôle important dans la dynamisation de l’écosystème entrepreneurial français.

La morale de cette histoire

Derrière le story telling et l’imagerie souvent véhiculée par les médias, le bilan de Marc Simoncini, à tout point remarquable, ne s’est pas fait sans heurt. Ses victoires se sont parfois construites sur des défaites. Elles ont souvent été acquises, si ce n’est dans la douleur, dans l’adversité.

La vie d’un entrepreneur suit un chemin sinueux, fait de succès et d’échec. Savoir rebondir, s’adapter, saisir une opportunité, faire les bonnes rencontres, innover. Rien n’est facile, rien ne se passe comme prévu. Il faut savoir composer, réorienter sa stratégie, revoir ses objectifs, s’allier au bon partenaire, …

Au final, la morale de cette histoire n’a rien de révolutionnaire. Mais le parcours de Marc Simoncini permet de l’éclairer de manière particulièrement pertinente. Il est source d’inspiration pour tous les entrepreneurs. Quand on vous disait que Marc Simoncini est un entrepreneur inspiré et inspirant.

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